Jusque où un amour éconduit peut-il mener? Si l'histoire à prouvée que des meurtres sont parfois commis par passion, une rebuffade peut-elle expliquer la folie meurtrière de Joseph Vacher?

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Jeunesse


Vacher nait durant l'hiver 1869 quelque part dans l'Isère. Il est l'un des plus jeunes d'une fratrie de seize frères et soeurs. Petit déjà, il se montre irascible et enclin à la violence et à la cruauté; Il est plusieurs fois surpris torturant des animaux, frappant ses frères et soeurs même plus âgés que lui (il est le quatorzième enfant de la famille) : il est d'une force déconcertante. Son jumeau mourut âgé d'un mois, d'étouffement. Vacher mettra sa folie sur le compte de la mort de ce frère. La jeunesse de vacher est teintée de mysticisme et de soumission à la religion. Sa mère, bigote notoire soufrant de crises de mysticismes et de bouffés délirantes, l'élève dans la crainte de Dieu. Paradoxalement, il est croyant et le restera toute sa vie durant. Il apprend à lire tant bien que mal, mais il détestera l'école tant ses camarades le houspillent, l'insulte et le rejettent. Il se venge en les frappant, la violence étant le seul mode de communication qu'il connaisse.

Alors qu'il possède un bagage culturel à peine suffisant, sa mère décède durant la quatorzième année de Vacher. Il quitte l'école pour travailler, mais est peu après admis chez les frères maristes (un ordre de laïc chrétien) de Saint-Genis-Laval. Il en est renvoyé en 1887 après avoir été surpris initiant ses confrères à la masturbation.

Âgé de dix-sept ans, il part vivre chez l'une de ses soeurs et devient employé de brasserie. Habitant le quartier des prostituées, il était prévisible qu'il en fréquente les résidentes et contracte une maladie vénérienne. Il subit une opération et part se reposer quelques semaines chez l'un de ses frères, avant de repartir dans l'Isère, aigri et plus violent que jamais. Il enchaîne alors les emplois, ne restant jamais bien longtemps chez le même patron, car le bonhomme fait peur. Il vit donc, cahincaha, au jour le jour, changeant constamment d'employeur. Partout où il se rend seront retrouvés des cadavres mutilé, sans que l'on puisse tous les imputer à vacher.

Le 1er juillet 1888, à Chamberav (Haute-Loire): Clemence Grangeon est égorgée, la carotide est tranchée. Pas de trace de viol, mais aucun examen anal n'est pratiqué.
Fin 88 le cadavre d'une femme non identifié de 35 ans est retrouvé à Joux (Rhône). Elle est décapitée.
En 1890, Dorothée Berthier est victime d'une tentative de meurtre et de viol. Elle reconnaitra Vacher dont la photo parait bien plus tard dans un journal.
Le 30 juin 1890, à Mopirans dans l'Isere. Augustine-Melanie Perrin, prostituée, est morte étranglée.

Le 28 septembre 1890 à Varacieux (Isere) Olympe Buisson, une fillette de neuf ans, est sauvagement assassinée. Elle a été égorgée, éventré. Ses parties génitales ont été mutilée, le vagin incisé. C'est par cette plaie qu'elle fut violée. Vacher fut aperçu dans le village au moment du meurtre, en compagnie d'un autre vagabond. Il niera toujours être l'auteur de ce rime, car il ne voulait pas paraître pour un tueur de fillettes. Le 16 novembre 1890 il est incorporé au 60eme régiment d'infanterie. A l'armée, son comportement exalté, mais aussi son manque d'humour chronique font qu'il est la cible des moqueries de ses compagnons de chambrée.

Au régiment, il craint ses supérieurs tout autant que son dieu et se montre volontiers obséquieux et respectueux du règlement à l'extrême, alors qu'il se définit comme un anarchiste.
La seule solution qu'il entrevoit pour que cessent les moqueries et les brimades est de prendre du galon au plus vite et ainsi faire payer à ses camarades les mauvais traitements subits.

Hélas pour lui, ses supérieurs disent de lui qu'il est un bon soldat, ils le jugent incapable de commander des hommes. Désespéré, il se tranche la gorge, sans toutefois réussir à se tuer. Une fois remis, il passe finalement caporal puis sergent et semble finalement faire un bon sous-officier.

Cependant, il fait preuve d'un autoritarisme excessif, fait montre d'un despotisme attisé par la rancoeur et les souvenirs des brimades qu'il subit au régiment. Cette montée en grade aurai pu et aurai vraisemblablement du lui redonner confiance en lui, mais en passant sergent il changea en même temps de compagnie et ne s'entend pas avec les officiers: il se croit harcelé et persécuté, devient de plus en plus paranoïaque.

Parallèlement; il rencontre Louise Barrand, une belle jeune femme de Besancon. Vacher, qui n'a que peu d'expérience des choses de l'amour, tombe éperdument amoureux. Louise s'amuse de sa façon maladroite de lui faire la cour et est plutôt versatile, si bien qu'elle fréquente d'autres hommes et tombe amoureuse d'un autre soldat. Apprenant cela, Vacher entre dans une colère hystérique, menace de tuer ses compagnons d'armes avec sa baïonnette: il est renvoyé derechef de l'armée.

Vacher, désormais habillé de ses habits civils, certes moins seyant que son uniforme, cueille un bouquet de fleurs trouvées çà et là et va voir Louise.


"Louise, je t'aime: épouse moi" déclare t-il, sans s'embêter de plus de formalités. Demande qu'elle refuse nette en le raillant un peu...Il insiste, s'emporte, et ce n'est que sur l'intervention énergique de la mère de Louise qu'il accepte de partir. Mais, pas le moins du monde douché par ce refus, il réitère sa demande le soir même. Louise tente de le raisonner, lui répète qu'elle est amoureuse d'un autre et va se marier. Vacher sort alors un pistolet qu'il tenait caché jusque là, tire trois balles sur Louise, avant de retourner l'arme contre lui: Il se tire deux balles dans la tête... Mais il faut croire qu'il fait un mauvais tireur, car aucune des cinq balles n'est mortelle. Louise survivra et se mariera.

Vacher est grièvement blessée mais vivant et gardera des séquelles de sa tentative de suicide: un des cotés de son visage restera paralysé, et un de ses yeux sera injecté de sang et semblera plus gros que l'autre. Il arborera également une longue cicatrice sur le crane, qu'il masquera avec un bonnet.

Prés avoir été soigné sommairement, il est interné à l'asile de Dole (en fait l'asile de sainte Ylie, ville située près de dole) et est examiné par le docteur Guillemin, chargé de statuer sur l'état psychologique de Vacher. Il écrit:

Je soussigné Guillemin (Léon), médecin-adjoint de l'asile public des aliénés du Jura, domicilié à Sain-Ylie, commis par M. le juge d'instruction de l'arrondissement de Baume-les-Dames, à l'effet d'examiner l'état mental du sieur Vacher (Joseph), âgé de 23 ans, sergent au 60e régiment d'infanterie, actuellement en congé, inculpé de tentative d'assassinat, faire connaître si l'inculpé jouit de toute la plénitude de ses facultés intellectuelles, s'il a conscience des actes qu'il commet et s'il doit être considéré comme responsable et dans quelle mesure.Après avoir pris connaissance des pièces de la procédure et avoir interrogé le prévenu à plusieurs reprises, serment préalablement prêté, ai rédigé le rapport suivant :

FAITS ET RENSEIGNEMENTS

Étant au régiment, l’inculpé fit la connaissance de la nommée B… (Louise) et des promesses de mariage furent échangées entre eux. Vacher fut envoyé en congé de convalescence ; il se rendit dans sa famille, mais revint bientôt à Beaume-les-Dames, pays de la file B…. et sur les instances de celle-ci. Le prévenu vivait chez les parents de sa fiancée, depuis quelques jours, quand cette dernière le congédia sans aucun motif, en refusant de lui rendre les cadeaux qu’elle avait reçus (en fait, la mère de Louise les lui auraient fait parvenir, NDLA) . Rendu furieux, Vacher tira sur elle plusieurs coups de revolver, puis retournant son arme contre lui, il se tira trois coups de revolver ( deux, selon le témoignage de Louise NDLA) .
Au régime, l’inculpé a donné à différentes reprises des inquiétudes au point de vue de son état mental. A deux reprises différentes, il fut envoyé en congé de convalescence comme ayant des propensions au délire des persécutions.Cet état maladif s’était montré chez le prévenu depuis son arrivée au corps.

 

« Vacher a souvent fait preuve d’une grande surexcitation qui se traduisait par des querelles sans motif avec ses camarades. Il avait la manie de la persécution. A cet état nerveux a succédé un affaissement moral qui dura un certain temps.
Il m’écrivait des lettres où il m’exposait ses soi-disant malheurs. A plusieurs reprises, il a témoigné de son dégoût de la vie et il laissait volontiers hanter son esprit par l’idée de suicide. Un peu plus tard, il essaya de se précipiter par une fenêtre du deuxième étage ».
M. le lieutenant Greilsammer, commandant la compagnie où Vacher était sergent, n’est pas moins catégorique sur l’état mental de l’inculpé. Celui-ci était d’un caractère concentré, peu communicatif avec ses camarades ; ceux-ci cherchèrent à le faire sortir des idées noires qui le hantaient mais sans y parvenir. Poursuivi par la manie de la persécution, Vacher ne voyait autour de lui que des mouchards ou des gens cherchant à lui nuire. A certain moment, il sentait le besoin de donner libre cours à sa force musculaire ; il soulevait alors à bras tendu des objets mobiliers du casernement. Parois, il avait des insomnies pendant lesquelles il parlait seul, se livrant à des gestes menaçants. S’il avait eu quelque froissement avec es camarades, l’inculpé menaçait de leur couper le cou. Ils ne se couchaient plus alors sans craindre pour leur vie et plaçaient leur épée-baïonnette à côté d’eux. Vacher leur paraissait alors être un somnambule en proie à une idée fixe ; il exprimait alors le besoin qu’il avait de voir couler le sang. Depuis qu’il avait fait connaissance de la fille B…, son état  s’était aggravé.
Ses chefs reconnaissent que l’inculpé était d’une conduite régulière.
Sa moralité était parfaite, son honorabilité et son honnêteté ne peuvent être mises en doute ; il était d’une grande sobriété.
Cette tendance d’esprit se manifestait déjà chez l’inculpé dès son plus jeune âge ; dans sa famille, il se montrait tel qu’il est aujourd’hui : violent, emporté, soupçonneux, mécontent. A six ans, il est mordu par un chien enragé. Dès l’âge de neuf ans, il se fait remarquer par ses extravagances. On lui confie une voiture, il la met en pièces pour se distraire, il s’amuse à couper les jambes aux bestiaux dont il a la garde. Plus tard, que sa famille lui adresse une remontrance, un faible reproche, il s’emporte, accuse ses parents de lui vouloir du mal, leur reproche de lui avoir refusé les moyens pour continuer ses études, part de chez lui et on ne le revoit pas de huit jours. Il occupe plusieurs places et partout ce sont des querelles.
A quinze ans, il entre comme novice dans la congrégation des frères de Saint-Genis-Laval, près de Lyon. Il y reste trois ans. Vacher voulait entrer dans l’enseignement, devenir une autorité, un chef dans le couvent, mais pour des motifs pécuniaires ses supérieurs se bornaient à l’employer aux travaux des champs. Il en conçut un vif chagrin, il s’adressa alors à sa famille qui ne put ou ne voulut pas accéder à ses désirs. De là ces idées de haine contre sa famille.
Comme antécédents héréditaires, une de ses sœurs aurait eu des accès de lypémanie avec idée de suicide ; un de ses oncles aurait fait des extravagances (il aurai abusé de lui, ndla).

EXAMEN DIRECT

Lors de son entrée à l’Asile, Vacher se présente à nous dans l’état suivant :
De constitution robuste, malgré un amaigrissement assez marqué. Nous observons une dépression au niveau de la suture :lambroïde, une asymétrie facile produite par la paralysie de la septième paire du côté droit. De ce côté, nous notons un abaissement de la commissure labiale, la joue est flasque et cède dans les expirations à la pression de l’air du dedans au dehors, s’enfle pour retomber ensuite ; par suite de la paralysie de l’orbiculaire des paupières, l’œil ne peut pas se fermer complètement.
A l’angle de la mâchoire inférieure existe un orifice par lequel on conduit un stylet jusqu’au maxillaire inférieur, suivant un trajet perpendiculaire à cet os, et d’une longueur de trois centimètres environ. Cette plaie est le siège d’une suppuration abondante.
Au lobule de l’oreille est aussi un orifice mais qui ne conduit dans aucun trajet.
La bouche ne peut s’ouvrir ; la voix est nasillarde et peu distincte ; la parole traînante ; la mastication très difficile.
L’état de l’inculpé est si précaire que nous sommes obligé de le placer à l’infirmerie.
Les premiers jours, il est abattu, bouleversé ; la plaie l’occupe seule et il faut le panser à chaque instant sous peine de subir ses doléances. Puis viennent des plaintes continuelles, il nous accuse de vouloir le faire mourir, de ne pas nous occuper de lui alors que nous nous intéressons plus à lui qu’aux autres malades.
Chaque matin, à la visite, il nous demande si on veut bientôt l’opérer. Accédant à ses désirs, nous préparons tout pour le 15 juillet. Amené dans la chambre d’opération, Vacher se débat, ne veut pas respirer le chloroforme et refuse de se laisser opérer. Le lendemain, il écrit à sa sœur une lettre dans laquelle il s’exprime en ces termes : « Comme je peux encore supporter ma souffrance, j’aime autant attendre parce que je sais bien qu’ils veulent me tuer, mais non me guérir, car il y a longtemps qu’ils auraient fait cette opération s’ils avaient voulu me soulager ».
Dans cette lettre, il menace d’attenter à ses jours si on le retient à l’Asile après sa guérison. D’ailleurs sans l’amitié qu’il avait pour cette fille, il se serait déjà détruit, car il y a des moments où il ne sait plus ce qui le retient sur terre.


A nous il se plaint d’avoir un caractère porté à l’ennui ; on lui en veut, mais là se bornent les confidences qu’il consent à nous faire.
Le 20 juillet, un véritable accès d’agitation se déclare. Au réveil il est un peu excité, accuse les médecins de le négliger, de vouloir le laisser mourir de ses balles dans la tête, aussi demande-t-il son transfert à l’hôpital militaire de Besançon. A la visite, il s’assied sur son lit, parle avec animation, réclame des juges, peu lui importe la peine qui lui sera infligée, il connaîtra au moins le jour de sa liberté. Il n’est pas fou et ne doit pas rester à l’Asile. Si cependant on continue à le tenir enfermé, l’ennui le gagnera et il mettra fin à ses jours malgré la surveillance dont il sera l’objet. Puis il entre dans des récriminations contre sa fiancée ; celle-ci l’a indignement trompé, mais elle a dû être poussée par un autre. Il n’avait cependant pas l’intention de la tuer, mais de se tuer en chemin de fer.
Nous parvenons cependant à le calmer et nous obtenons de lui les aveux suivants :
Au régiment, son caporal lui en voulait et cherchait par tous les moyens à l’empêcher de parvenir. Quand on passait à côté de lui on chuchotait, on le regardait d’un mauvais œil, on le dénigrait auprès de ses supérieurs pour retarder son avancement. Il ignore depuis combien de temps il est à l’Asile et à quelle époque il a commis sa tentative d’assassinat.
A partir de ce moment l’inculpé se maintient devant nous ; il avoue même qu’au régiment il s’était fait de fausses idées. Les frères deviennent ses ennemis. Les trois ans passés dans leur maison sont la cause si sa vie est remplie de malheurs. C’est à eux qu’il doit le caractère sombre, inquiet, porté à la tristesse qui lui interdit un instant de bonheur, s’il n’avait pas été chez les Frères, il ne serait pas comme ça. Telle n’est pas sa conduite devant les surveillants et les malades. Il leur raconte que nous nous moquons de lui, que nous passons devant son lit sans le regarder, le négligeant plus que les autres malades, que nous ne voulons pas l’opérer. Pendant la nuit il se relève pour écrire, accuse deux malades de chercher à le perdre dans l’estime du surveillant, les menace même. A certains moments il lève la tête, fixe les yeux, comme s’il entendait des voix invisibles. Le 25 août, on le voit s’élancer plusieurs fois en avant comme s’il voulait tomber sur quelqu’un ou prendre la course, il lève les yeux comme si quelqu’un l’interpellait ; ses traits sont troublés.

DISCUSSION

Il importe maintenant d’établir sur quel terrain morbide se trouve placé Vacher. Celui-ci est un délirant par persécution à la première période.
Cet état maladif remonte déjà à plusieurs années. Dans sa famille il était violent, emporté, soupçonneux. Au couvent il a l’ambition de devenir supérieur ; mais ses moyens

pécuniaires ne lui permettent pas de continuer ses études, il accuse ses parents d’avoir entravé son avenir, viennent-ils à lui adresser une observation, il prétend qu’ils lui en veulent.

L’inculpé se rend à Lyon, entre dans différentes places, qu’il quitte bientôt. A peine arrivé au régiment, il manifeste les mêmes idées de persécution ; simple soldat, un caporal le

persécute, veut l’empêcher de parvenir ; sergent, ses camarades parlent mal de lui, le regardent d’un mauvais œil, chuchotent lorsqu’il passe à côté d’eux ; tous le dénigrent auprès de ses supérieurs, aussi écrit-il plusieurs lettres à ses chefs pour se disculper. Sur ces entrefaites il fait connaissance de la fille B…, son état s’aggrave, et il profère des menaces contre les sergents qui habitent dans la même chambre que lui.
A l’asile, cet état maladif suit sa marche progressive. Tout le monde s’est ligué contre lui ; nous avons pour lui toutes sortes de bontés, loin de nous en savoir gré, il nous accuse de vouloir le tuer, et non le guérir. Nous nous moquons de lui, nous passons devant son lit sans le regarder, nous serions heureux de l’envoyer au cimetière. Les malades sont ses ennemis ; ils le mouchardent, aussi profère-t-il des menaces contre eux.
Quoique l’inculpé nie les actes désordonnés auxquels il s’est livré le 25 août dernier, nous estimons qu’alors Vacher agissait sous l’influence d’hallucination de l’ouïe.

CONCLUSIONS

De ce qui précède, nous concluons :
1° Le sieur Vacher (Joseph) est atteint d’aliénation mentale caractérisée par le délire des persécutions
2° Il est irresponsable de ses actes.

Sainte-Ylie, le 12 septembre 1893



Le mot est lâché: Vacher est irresponsable. Il ne sera donc pas enfermé pour sa tentative d'homicide.

A l'asile, il est un patient des plus agités et affirme que les médecins et les infirmiers tentent de le tuer: il se croit victime d'un complot visant à le supprimer. Il soufre de délire, d'hallucination. Quand il demande à ce qu'on l'opère pour les balles qu'il a dans le crâne, il hurle que l'on en veut sa vie quand vient le moment de les lui extraire, et refuse de se laisser faire. Après six mois d'internement, quelques tentatives de fuites et une ordonnance de non lieu pour la tentative de meurtre, il est relâché dans la nature. Au début du mois d'avril 1894. Il part en convalescence chez Olympe, l'une de ses soeurs, dans le Var. Il adopte un calme de surface, un calme suspect. Durant son séjour chez sa soeur, il se rend chez les mariste pour les persuader de le réintégrer, mais se voit opposer un refus. Dépité, il prend la route et va commencer sa longue marche sanglante...







 


La longue série de meurtres

Le 18 mai 1894 il est à Beaurepaire (Isère) lorsqu'il croise la route d'Eugenie Delomme, 21 ans, une ouvrière. Elle sera retrouvée morte étranglée avec une force telle qu'elle à la trachée broyée et présente une plaie béante au niveau de la zone mastoïdienne, elle à une oreille presque arrachée. Elle a le visage tuméfie, son cou et sa poitrine sont lacérés et
es seins portent la marque de morsures. Elle semble avoir lutté avec acharnement contre un agresseur bien plus fort qu'elle. Après l'avoir tuée et mutilée, son meurtrier a caché son cadavre dans une haie. Et tout cela à moins de 150 mètres de l'usine où travaillait la victime. Bien que l'autopsie précise que Eugenie n'a pas été violée, il est cependant à noter que, pour la presque majorité des victimes de sexe féminin, aucun examen anal ne sera pratiqué, les experts recherchant surtout des traces d'acte sexuels "normaux" (Vacher avouera plus tard l'avoir violée). En réalité, on sait que vacher se livraient surtout à des actes de "pédérastie" selon le terme en vigueur à l'époque.

Le 17 juin 1894, il tente de tuer une ouvrière agricole, sans y parvenir. Le lendemain il récidive avec une autre ouvrière, nouvel échec. Le même jour, il importune une gardienne de
hèvres, qui , affolée, prend la fuite. Toutes reconnaîtront formellement vacher sur les photos.

Le 20 novembre, il tue Louise, 14 ans. Elle a été étranglée, égorgée, amputé de plusieurs doigts et des deux seins, puis finalement éventrée. Son hymen est intact, mais encore une fois aucun examen anal n'est pratiqué.

Vacher en infatigable marcheur voyage de ville en ville, se fait tantôt ouvrier agricole, tantôt gardien de troupeau. Parfois il demande l'aumône, mais il fait peur et ne reste jamais bien longtemps au même endroit.

Le 6 décembre , les époux Honorats son assassiné dans le var, à Chateaudouble. Vacher est dans les parages au mêmes moment, non loin du lieu du crime.

Le 14 avril 1895, tentative de meurtre et de viol contre une jeune marchande d'orange, à Dijon. Le signalement correspond au profil de vacher, qui était dans la ville à ce moment-là.

12 mai 1895, Etaule en Côte d'or.. Meurtre d'Adele Morureux, 17 ans. Étranglée, égorgée, le sein droit mutilé. Hymen intact, pas d'examen anal.

Le 24 aout 1895 meurtre de la veuve Morand, 58 ans, en Savoie à Saint Ours

Le 31 aout 1895, meurtre à Benonce (Ain) de Victor Portalier, 16 ans. Mode opératoire de vacher, avec en plus une ablation parcellaire des parties génitales. Viol présume.

Le 23 septembre 95 Truinas (Drome) : meurtre de Aline Alaise, 16. Mode opératoire habituel, présomption de coït anal post-mortem.

Le 29 septembre 1895, en Ardèche. Meurtre de Pierre Massot-pellet, 14 ans. Début de strangulation égorgement, blessure au scrotum. Viol par coït anal.

10 septembre 1896, alors que vacher vient juste de sortir de prison pour coup et blessure, meurtre de Marie Moussier, tout juste mariée, 19 ans, dans l'Allier. mode opératoire de

vacher, elle présente une blessure aux nez. Soupçon de tentative de coït anal.

Le 1er octobre 1896 en Haute Loire. meurtre de Rosine Rodier.

Fin mai 1897 dans le Rhone. Meurtre de Claudius Beaupied. Le corps en décomposition de la victime ne fut découvert que sur les indications de vacher; Malgré les dénégations farouches de Vacher, tout indique que la victime a été sodomisée.

18 juin 1897, dans le Rhône. Meurtre de Pierre Laurent. Début de strangulation, égorgement, ablation d'un testicule, incision du scrotum, viol par sodomie. Il s'agit là du dernier crime avoué par Vacher.

Le 5 juillet 1897 dans la Drome, à Volvent, meurtre de madame veuve Lagier, 60 ans. Mode opératoire de vacher.

Le 24 Juillet est probablement le jour du dernier meurtre de Vacher celui de madame veuve Lavile, âgée de 61 ans. Elle a été assommée avec une pierre, étranglée, égorgée et décapitée puis violée.


                         
                              

L'enquête et le procès de Joseph vacher

Il est important de noter qu'au 19e siècle, la police ne s'intéressait qu'aux crimes ayant lieu localement, les services de polices ne communiquaient pas entre eux. Il faudra attendre que le procureur de la république Fonfrède, de Dijon, fasse le rapprochement entre les meurtres de Marie Moussier et celui de Rosine Rodier pour que l'on devine que tous les meurtres sont liés. Mis en alerte par les similitudes des deux crimes (même mode opératoire, les deux victimes avaient le même profils). Le juge se mit alors à chercher d'autres meurtres irrésolus et les rapprocha d'un autre, celui de Augustine-Adèle Mortureux, qui présentait les mêmes similitudes. Au total il rapproche sept cas et pense que la liste pourra s'allonger.

Il rédige alors une circulaire, qu'il fit parvenir aux parquets de toutes les régions du sud-est, en demandant à ce que lui soient transmis tous les dossiers d'homicides non résolus présentant les caractéristiques citées plus hauts; Il en reçut un grand nombre, bien plus que ce qu'il attendait. Sa théorie est qu'un seul homme ne pouvait pas commettre une série si importante de meurtre et qu'ils étaient le fait de plusieurs vagabonds. Son enquête en restera là.

C'est finalement le juge Emile Fourquet qui confondra vacher.

emille fourquetEmile Fourquet


Ce dernier est en poste depuis peu lorsque qu'il est informé du cas de Victor Portalier. Saisi de la même intuition que Fonfrede, il rapproche la mort de Portalier avec d'autres dossiers. Intuition que se confirmera avec le meurtre de Pierre Laurent. Fourquet fera du cas du "jack l'éventreur français" une priorité. Cependant, il ne peut pas faire grand-chose, si ce n'est alerter tous les services de polices. Et il faut attendre une arrestation de Vacher pour "outrage aux bonnes "moeurs" (il a tenté de violée une femme, qui sera sauvée par l'intervention de son mari).

Il est condamné à trois mois de prison. Mais comme le signalement de Vacher a été signalé a tous les services de police et à tous les parquets de France, il n'est pas libéré à l'issue de sa peine, mais est conduis à Belley devant le juge Fourquet. Ce dernier interroge Vacher et lui demande notamment de l'éclairer sur les faits intervenus après la tentative d'assassinats de Louise Barrant. Commence alors le récit de ses pérégrinations, ses errances à travers la France. Toutefois, il oublie de mentionner les villes ou ils se trouvait lors des meurtres. Fourquier lui parle alors de Benonce et lui demande s'il ne s'y trouvait par lors du meurtre du jeune Portalier. Vacher se rembrunit, nie vigoureusement, refuse de parler. Vacher est emprisonné et sera interrogé de façon quotidienne par Fourquier de manière officieuse (aucun compte rendu ne sera tenu et le juge est seule avec l'accusé). Il gagne peu à peu, laborieusement, la confiance de Vacher, tout en faisant interroger tous ceux qui l'ont connu : ses soeurs, Louise, ses compagnons de régiment, ses employeurs connus, les maristes.

Dans le même temps, un médecin, le docteur Bozonet, est chargé d'examiner vacher, sa conclusion ne va pas plaire du tout au juge ambitieux:

"Rapport d’expertise médico-légal sur l’état mental de Joseph Vacher (Bozonnet)

Le nommé Vacher, détenu, vingt-huit ans, est atteint de débilité mentale, d’idées fixes voisines des idées de persécutions, de dégoût profond pour la vie régulière.
Il présente une otite suppurée et une paralysie faciale, consécutives à un coup de feu.
Il affirme aussi avoir deux balles dans la tête.
La responsabilité de Vacher est très notablement diminuée.

Prison de Belley, le 19 septembre 1897.

Signé : Dr Bozonnet."

 


Vacher ne peut donc, selon ce rapport, subir de procès. Fourquier entre dans une fureur noire. Il décide alors de faire fi de ses conclusions et s'attachera à prouver que l'accusé simule la folie pour sauver sa tête. Deux jours après, Vacher nie être l'auteur de tous les crimes qui lui sont reprochés, dans une lettre adressée à la France (sic). En voici un extrait:

Belley le 7 octobre 1897,
A la France,

« Tampis pour vous si vous me croyez responsable…. Votre seule manière d’agir me fait prendre pitié pour vous… Si j’ai conservé le secret de mes malheurs, c’est que je le croyais

dans l’intérêt général mais vu que peut-être je me trompe je viens vous faire savoir toute la vérité : Oui c’est moi qui est comis tous les crimes que vous m’avez reprochés… et cela

dans des moments de rage. Comme je l’ai déjà dit à Mr le Docteur chargé du service médical de la prison de Belfort, j’ai été mordu par un chien enragé vers l’âge de 7 ou 8 ans

mais dont je ne suis pas sûr moi-même bien que cependant je me souviens très bien d’avoir pris des remèdes pour cet effet. Mes parents seuls peuvent vous assurer des morsures,

pour moi j’ai toujours cru depuis que j’ai du réfléchir à cet événement que ce sont les remèdes qui m’ont vicié le sang a moins que réellement ce chien m’est mordu. »

Après avoir lu la lettre, le juge Fourquier voulue interroger Vacher encore une fois, mais il n'acceptera qu'à la condition que sa lettre d'aveux paraisse dans "Le Petit Journal", "La Croix", "Le Progrès" et "Lyon Républicain" . Condition accordée.

Vacher reconnais à peu près tous les crimes qui lui sont reprochés, à l'exception d'Olympe Buisson, la fillette de neuf ans. Il avoua même des meurtre qu'on ne lui reprochait pas.

D'autres meurtres lui seront reprochés, qu'il nia. Et il ne voulait surtout pas reconnaitre avoir tué tué des fillettes (l'enquête lui reproche d'avoir tué et violé au moins deux filles de moins de dix ans).

A la demande du juge, l'accusé sera encore une fois examiné par un expert, le docteur Lacassagne. Et ce dernier, à la grande satisfaction de Fourquier, le déclare sain d'esprit!

Toutefois, Lacassagne, éminent médecin légiste, n'est en rien un psychiatre est et en outre un fervent défenseur de la peine capitale.

alexandre lacassage

Alexandre Lacassagne


Les entrevues en huis clos de vacher et le juge continuent donc, Fourquier prenant le mutisme de l'accusé comme des confirmations de ses affirmations. S'il ne fait aucun doute que

Vacher avait tué de nombreuses fois, il est tout aussi certains que Fourquier lui fit endosser la responsabilité de crime dont il n'était et ne pouvait être responsable.

Après avoir lu la lettre, le juge Fourquier voulue interroger Vacher encore une fois, mais il n'acceptera qu'à la condition que sa lettre d'aveux paraisse dans "Le Petit Journal", "La Croix", "Le Progrès" et "Lyon Républicain" . Condition accordée.

Vacher reconnais à peu près tous les crimes qui lui sont reprochés à l'exception d'Olympe Buisson, la fillette de neuf ans. Il avoua même des meurtre qu'on ne lui reprochait pas.

D'autres meurtres lui seront reprochés, qu'il nia. Et il ne voulait surtout pas reconnaitre avoir tué tué des fillettes (l'enquête lui reproche d'avoir tué et violé au moins deux filles de moins de dix ans).

A la demande du juge, l'accusé sera encore une fois examiné par un expert, le docteur Lacassagne. Et ce dernier, à la grande satisfaction de Fourquier, le déclare sain d'esprit!

Toutefois, Lacassagne, éminent médecin légiste, n'est en rien un psychiatre est et,en outre, un fervent défenseur de la peine capitale.

Les entrevues en huis clos de vacher et le juge continuent donc, Fourquier prenant le mutisme de l'accusé comme des confirmations de ses affirmations. S'il ne fait aucun doute que Vacher avait tué de nombreuses fois, il est tout aussi certains que Fourquier lui fit endosser la responsabilité de crime dont il n'était et ne pouvait être responsable.


Le procès

Toute la presse de France et même des journaliste anglais et américains, se pressent au procès de vacher qui débute le 26 octobre 1898 à Bourg-en-Bresse. Vacher fait son entré au tribunal, paradant avec une pancarte où est inscrit:

« J'ai deux balles dans la tête »et hurlant "gloire à jésus, gloire à Jeanne d'arc". L'ambiance est surréaliste, Vacher joue les bouffons, éructe, hurle et bave de rage à la barre.

Tentative de se faire passer pour fou? Mystère. En tous cas, il ne parvient pas à convaincre de sa folie, puisque qu'il est condamné à mort. Vacher s'évanouit lorsqu'on le conduit à la guillotine. On doit le trainer jusqu'au billot. Il est mis à mort le 31 décembre 1898, à l'âge de 29 ans.

Avant de mourir, il déclare au tribunal:

Je suis un pauvre malade innocent, dont Dieu a voulu se servir pour faire réfléchir le monde, dans un but que nul humain n'à le droit de sonder.




Vacher 

Couverture de l'express

 

 

joseph vacher

Vacher affublé de son bonnet en lapin

 

 

 

 

A lire:

Joseph Vacher l'éventreur de Émile Fourquet.
Le juge et l'assassin de René Tavernier et Henri Garet
 Vacher assassin : un serial-killer français au XIXe de Jean-Pierre Deloux,
Joseph Vacher : Un tueur en série de la Belle Epoque  de Gérard Corneloup

 

 

A voir: 

Le Juge et l'Assassin, film de Bertrand Tavernier avec Michel Galabru dans le rôle de Vacher