lea et christine papin 01Nous sommes le 2 février 1933. Une maison étrangement calme est plongée dans le noir.

Il fait froid en cet hiver et la maison semble vide de tout occupant. Elle est pourtant fermée de l'intérieur. Mr Lancelin, proprietaire des lieux, rentre de son club, où il a passé l'apres-midi.

Étrange, se dit-il. C'est inhabituel... Que se passe t-il? Dans une chambre, au deuxième étage se terrent deux formes tremblantes de froid et de peur. La pièce est pauvrement meublée, mal chauffée et il y fait noir comme dans une caverne. Les deux silouhettes sont dans le même lit, enlacées pour se réchauffer et peut-être se réconforter.
La maison devrait être éclairée, on devrait lui ouvrir.  Lancelin s'inquiète, car le fait est inhabituel. Il sonne, tambourine à la porte: pas d'autre réponse que ce silence macabre et inquiétant. Il se reprend, se rappelle que lui, son épouse et leur fille devait manger chez le frère de madame Lancelin.

Il se dit qu'elle auront été lasses de l'attendre et sont parties en avant. Mais son optimisme est vite douché, car elles n'y sont pas. Les deux hommes se précipitent donc chez les Lancelin et tentent de sonner encore à la porte. Au second étage, ils voient une lumière vacillante typique d'une bougie dans la chambre des bonnes.

Léa et Christine Papin

 

"Il faut appeler la police", dit le beau-frère. Peu après trois policiers sont envoyés sur place, avec un serrurier  pour forcer la porte. Tandis que deux hommes inspectent la maison, un des policiers se rend à l'étage.

"Ne montez pas! ,  crit-il du deuxième étage, je vous en supplie ne montez pas!" Car le policier est tombé sur une chose macabre, l'oeil de madame Lancelin, sur une des marches de l'escalier. Ses collègues le rejoignent et découvre les corps suppliciés de Mme et Mlle Lancelin en haut, sur le palier du second étage. Ils inspectent les autres pièces et tombent sur les soeurs Papins prostré dans le même lit. "Nous les avons tuées. Nous ne regrettons rien.", déclare Léa.

La scène n'est pas une invention, elle eut lieu tel que décrite. Il est 19 heures, l'une des affaires criminelles les plus retentissante du siècle débute: l'affaire des "soeurs Papins".

Christine Papin naquit le 8 mars 1905. Elle a une soeur ainée, Emilia, née en 1902. Leur père, Gustave Prosper, est cultivateur dans le Mans, à Saint Mars d'outillé. Et aussi un alcoolique notoire. La mère aide à l'exploitation. C'est un bigotte qui fait régulièrement des crises de mysticisme.
Christine voit peu ses parents, elle est élevée par une tante durant les premières années de sa vie. Dès qu'elle fut âgée de sept ans, elle retourne vivre chez ses parents. Entre temps, le père a eu le temps de perdre son exploitation et est devenu ouvrier dans une entreprise de cartonnage, la mère "fait des ménages". Le couple n'est pas heureux et bat de l'aile, mais le temps d'une brève réconciliation, ils ont le temps de donner naissance à Léa le 15 septembre 1911.

Cependant l'accalmie ne dure pas et en octobre 1912 le couple se déchire de plus belle. Des soupçons sont portés contre le père, accusé d'avoir violé Emilia à plusieurs reprises. Il demande le divorce. Une enquête est menée, mais qui ne pourra établir s'y a eu viol. Le divorce est prononcé en 1913, les trois soeurs étant confiées à la garde de leur mère. Christine est aussitôt envoyée à l'orphelinat du bon pasteur, tenu par d'austères religieuses, ou est déjà placée Emilia.
D'abord réunie dans la même classe d'école, Christine et Emilia sont ensuite séparées et ne se voient plus dès lors. Christine reste au bon pasteur jusqu'à ses quinze ans.

En 1920, elle devient employée de maison et multiplie les engagements, avant d'entrer au service de la famille Lancelin en 1926. Peu après, Elle parvient à faire engager Léa, qui pourtant ne sait rien faire. Elle est selon ses employeurs d'une "intelligence à peine suffisante (pour entrer à leur service, ndla) ".
En 1929, les deux soeurs rompent toute relation avec leur mère.

René Lancelin, le patron des deux soeurs ne voyait et ne parlait que très exceptionnellement à ses employées de maison, tous les ordres étant donnés par Mme Lancelin. Il est directeur des mutuelles du Mans, une place bien payé qui le fait entrer dans la petite bourgeoisie locale.
La justice s'intéresse à lui, l'établissement qu'il dirige étant en déficit, on l'accuse d'escroquerie. Il parle de dix millions de francs  de pertes,  la justice du double. Il bénéficie néanmoins d'un non lieu.
Lancelin fréquente un club dans lequel il se rend tous les après-midi. L'ordonnance de la maison est confiée à Madame Lancelin, qui seule donne les ordres aux employés de maison. Si Léa est gauche et lente à la tâche, Christine est tout son contraire; Elle apporte un soin maniaque au ménage, chaque objet ou meuble doit être précisement à sa place.


Christine est au repassage et les patrons absents (Mr Lancelin à son club, Mme Leonie Lancelin partie faire des courses avec leur fille, Genevieve). Quand Madame et mademoiselle Lancelin reviennent, c'est pour retrouver la maison dans le noir total: Christine à encore fait sauté les plombs avec le fer à repasser hors d'âge.
Madame Lancelin morigène à Christine. C'est à ce point du récit que survient le drame. Christine prend très mal les remontrances de sa maîtresse et affirme aux enquêteurs qu'elle a été giflée et maltraitée. Elle se précipite sur sa maîtresse avec le dessein de la tuer.

La chronologie des blessures ne sera jamais clairement établie, mais l'on sait que Christine s'est emparée d'un lourd pot d'étain pour frapper madame à la tête qu'elle jette dans les escaliers.
Puis vinrent les coups: de poings en premier lieu, puis de marteaux et de couteaux ensuite. Les corps sont affreusement mutilé, lardé de coups de couteaux.

"Je leurs est fait des "encesilures" (sic) dira plus tard l'une des soeurs. Les soeurs expliqueront qu'elles "les ont préparées comme on prépare un lapin que l'on va cuire". Les jambes, le bas des reins des deux femmes étaient tailladées. La jupe de madame est relevée, le pantalon de mademoiselle baissé en laissant voir leur intimité et des blessures sont commises sur les jambes et le bas ventre.
les victimes
Les fesses, l'intérieur des jambes des deux victimes comportent les mêmes types de blessure, des plaies horizontales commises au couteau. Le bas ventre et l'intérieur du haut des cuisse de mademoiselle comportent des traces de sang apportées par des mains enduites de sang, sans que l'on ne sache si c'est celui de madame ou de mademoiselle Lancelin.


Le rapport d'autopsie précise que "la région génitale est intacte". Un crime violent, terrifiant, révélant une volonté de mutiler les corps. Les visages en particulier sont méconnaissables, défoncés à coups de marteau: de la matière cérébrale est retrouvée sur le plafond, deux mètres quarante plus haut. Les journalistes et autres chroniqueurs judiciaires de l'époque renoncent à relater les blessures des deux femmes, tant elles sont horriblement mutilées. Pire encore, les médecins légiste ne savent pas si elles étaient mortes au moment ou leur corps est tailladé; Ils préfèrent se convaincre que oui, bien qu'il soit plus probable qu'elles aient été énucléées vivantes.

                                                                                                     Les corps des des deux victimes

                                                                                                                                                  

Des expertises psychiatriques sont ordonnées pour comprendre le pourquoi de la sauvagerie du crime. Il en ressort que Christine et Léa sont pleinement conscientes de leurs actes et ne souffrent d'aucune anomalie mentale. Léa semble totalement sous la domination de Christine les deux soeurs sont fusionnelles, n'ont jamais eu d'amants connus et ne sortent que très rarement. Si Christine semble avoir une intelligence légèrement au dessus de la moyenne, celle de Léa en revanche semble à peine suffisante. Elle sait lire mais ne le fait que laborieusement. En calcul, c'est encore pis et quant à sa géographie, elle est catastrophique. Toutefois elle semble avoir des facultés propres a discerner le bien du mal et est donc pleinement responsable de ses actes.

En septembre 1933, Christine et Léa sont inculpé pour double meurtre pour l'une et meurtre en collaboration pour l'autre. En attendant, elles sont incarcérées. Dès le premier soir, Christine tente de griffer le visage de l'une des gardiennes, tandis que Léa sombre dans un abattement total. Au cours du procès, tous les chroniqueurs judiciaires les plus connus, les grands noms du journalisme, tous les habitué des tribunaux se donnent rendez-vous dans la salle d'audience, a tel point que la salle est trop petite. Les batailles d'expertise font rage, pour savoir si elles sont ou non conscientes de ce qu'il leur est reproché. C'est finalement la seconde hypothèse qui est retenue, les soeurs sont jugées.

lea et christine papin 02

Léa et christine en prison


Après un procès qui tourne au spectacle, Christine est condamnée à mort, Léa à dix ans de travaux forcés. Mais comme la guillotine est rarement utilisée pour les femmes, sa peine est commuée par décret présidentiel en vingt ans de travaux forcés. Elle fut internée très peu de temps après et mourut à l'asile de de Rennes en 1935.

Léa fut libérée au bout de huit ans et travailla ensuite dans un hôtel de luxe. Ici l'histoire perd sa trace...

 

 

 

 

A lire:

 

01                               02

 L'Affaire Papin, de Sophie Darblade                            L'affaire des soeurs papin: le

                                                                   diable dans la peau de Paulette Houdyer

 

 

3

L'effroyable crime des soeurs papin de Frédéric Chauvaud

 

 

 

 

A voir:

Les blessures assassines,  film de Jean-Pierre Denis avec Sylvie Testud et Julie-Marie Parmentier dans les rôles de Christine et Léa.

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